Le Jeudi de la revue libanaise Shi‘r (1957–70): Un canal de médiologie du projet moderniste de Yûsuf al-Khâl (1917–87)

  • Dounia Badini Sciences Po et CERMOM (Inalco)

Abstract

Shi‘r (Poésie) a été fondée à Beyrouth en 1957 par Yûsuf al-Khâl (1917–87) qui l’entendait comme la première revue arabe entièrement consacrée à la poésie, avec un credo: la liberté comme condition préalable à l’épanouissement personnel et donc à l’établissement d’une société moderne. Pendant plus d’une décennie (1957–64 et 1967–70), Shi‘r fut un espace d’innovation et de circulation de poèmes inédits, d’études critiques et de traductions au plus près de la production contemporaine, et d’essais théoriques promouvant le modernisme naissant. Associée à la trépidante Beyrouth des années 1950–60, Shi‘r fut au centre d’un écosystème culturel qu’elle contribua à enrichir et à dynamiser grâce à ses jeudis, le prix Shi‘r, la maison d’édition Shi‘r, le magazine Adab et la galerie d’art Gallery One. Les séances du jeudi constituèrent pendant plus de sept ans (1957–64) un espace de réception ouvert aux poèmes inédits (lus, commentés, promus). La plateforme médiatique offerte aux jeudis par al-Nahar, parmi d’autres journaux libanais, permit au mouvement Shi‘r de clarifier davantage son message révolutionnaire et ses orientations modernistes, et de se défendre contre les attaques répétées d’intellectuels panarabes vigoureusement attachés aux conventions hérité oétique arabe. Cet article met en évidence ces aspects médiatiques.

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Shi‘r (Poetry) was founded in Beirut in 1957 by Yûsuf al-Khâl (1917–87) who intended it to become the first Arabic review entirely devoted to poetry, albeit with a credo: freedom as a prerequisite to self-fulfilment and thereby the establishment of a modern society. For more than a decade (1957–64, and 1967–70), Shi‘r was a space of innovation and circulation for unpublished poems, critical reviews, and translations closely following contemporary production, and theoretical essays furthering the nascent modernism. Associated with the bustling Beirut of the 1950s and 1960s, Shi‘r was at the centre of a cultural ecosystem it contributed to enrich and dynamize thanks to its Thursday sessions, Shi‘r’s Prize, the publishing house Shi‘r, the review Adab and the art gallery Gallery One. Its Thursdays constituted for more than seven years (1957–64) a space of reception for unpublished poems (read, commented, promoted). The media platform offered to the Thursday sessions by al-Nahar, among other Lebanese newspapers, allowed the Shi‘r movement to both further clarify its revolutionary message, its modernist orientations, and defend itself against the repeated attacks of pan-Arab intellectuals strenuously attached to inherite poetic tradition. This article highlights these media aspects.

Published
2019-12-31